Gao : patrimoine mondial de l’Humanité, Héritage de l’Empire Songhaï
19 juin 2012 Poster un commentaire
Valeur exceptionnelle
Critère (ii) : Le tombeau des Askia reflète la façon dont les traditions de construction locales ont intégré, en réponse aux besoins de l’islam, des influences de l’Afrique du Nord pour créer un style architectural unique dans le Sahel d’Afrique de l’Ouest.
Critère (iii) : Le tombeau des Askia est un vestige important de l’empire Songhaï qui domina les terres du Sahel d’Afrique de l’Ouest et contrôla le commerce lucratif transsaharien.
Critère (iv) : Le tombeau des Askia reflète la tradition architecturale caractéristique du Sahel d’Afrique de l’Ouest et en particulier l’évolution des édifices au fil des siècles à travers les pratiques traditionnelles régulières d’entretien.
Le tombeau des Askia reflète la manière dont les traditions de construction locales, répondant à des besoins islamiques, ont su absorber des influences venues du nord de l’Afrique pour créer un style architectural unique dans tout le Sahel de l’Afrique de l’Ouest. Le site reflète la tradition architecturale spécifique de cette région, et notamment la manière dont les constructions ont évolué, au fil des siècles, grâce à un entretien régulier, réalisé selon des techniques traditionnelles. C’est la caractéristique principale de la grande mosquée de Gao, qui domine la partie nord de cette ville, près du fleuve Niger.
Le site consiste en une tombe et une mosquée enfermée dans une enceinte. Cette dernière occupe la partie ouest, entre la tombe et le fleuve, et une partie de l’aire située au nord. La ville entourant le site n’est composée, en grande partie, que de maisons traditionnelles aux murs de terre et aux toits plats, entourées par des cours de plan régulier, disposées selon un plan rectiligne. La mosquée et la vieille ville de Gao forment ensemble l’un des sites majeurs de la partie centrale du Mali ; cette petite oasis occupe l’extrémité méridionale du désert du Sahara.
Le tombeau pyramidal est fait de briques crues revêtues d’un enduit de terre. Des pieux en bois tortueux hérissent la façade de la tombe, et permettaient de refaire facilement l’enduit. Du côté est, un escalier extérieur en colimaçon mène à son sommet. La forêt des échafaudages de bois, et les lignes sculptées de l’édifice, qui se sont développées au cours de siècles entiers de réfections de l’enduit, se combinent pour créer un ensemble architectural tout à fait unique.
Deux bâtiments de mosquée à toit plat. Du côté est de la tombe se trouve une grande salle de prière à toit plat, destinée aux hommes. Le plafond, fait de poteaux de bois recouverts de terre, repose sur 69 robustes piliers en brique crue enduits, carrés, proches l’un de l’autre, et disposés sur trois files. Le milieu du mur oriental du sanctuaire est occupé par un mihrab à double niche. Le cimetière de la mosquée , à l’extérieur du mur interne, entoure la tombe et la mosquée, et comporte de nombreuses stèles en pierre inscrites. Remontant à l’époque des Askia, il était encore utilisé à la fin des années quatre-vingt du XXe siècle.
L’espace des assemblées à ciel ouvert. La partie orientale de la plus grande enceinte, dont la superficie est de l’ordre de un hectare, est un espace ouvert utilisé pour les prières collectives lors du festival de Tabaski. Il a été régulièrement utilisé depuis le XVe siècle pour d’autres fonctions cultuelles, comme les mariages locaux au cours desquels les cérémonies islamiques se mêlaient de traditions animistes.
Gao, probablement fondée à la fin du VIIe siècle, apparaît dans les chroniques arabes sous le nom de Kaw Kaw. La construction de la tombe, qui remonte au XIe siècle, est attribuée à Mohamed Aboubacar Sylla (Askia Mohamed), le fondateur de la dynastie Askia. La prospérité de son empire se fondait sur le contrôle des routes transsahariennes dirigées vers le nord, et de celles qui menaient des forêts vers sud, ainsi que sur le commerce de l’or et du sel qui empruntait ces voies. On raconte qu’Askia Mohamed, traversant l’Égypte pour se rendre à La Mecque, fut impressionné par les pyramides et décida de construire pour lui-même une tombe pyramidale. Toutefois, cet édifice se rattache aussi à une longue tradition saharienne de grands tumuli ancestraux ou de collines funéraires, telles qu’il en existait dès le Ier millénaire av. J.-C. Ce choix peut également avoir été influencé par les minarets carrés, les escaliers à trois marches des zawiyas ibadites, ces sanctuaires de la région du Mzab, au sud de l’Algérie.
Au cours du règne d’Askia Mohamed, l’Empire songhaï devint, avec Tombouctou, le centre intellectuel et religieux de l’Afrique de l’Ouest, et développa des liens culturels et commerciaux étroits avec le nord de l’Afrique, l’Europe et le Moyen-Orient. Différents conflits internes et l’importance croissante prise par les routes maritimes de l’Afrique occidentale au XVIe siècle portèrent au déclin graduel de l’empire. Au milieu du XIXe siècle, la ville était devenue un village de trois ou quatre cents maisons dans lequel ne subsistait plus qu’un monument, le tombeau des Askia.
La tombe semble avoir toujours été utilisée comme une partie de la mosquée : son nom d’Askia Djira , qui signifie littéralement « la mosquée d’Askia », paraît avoir été celui utilisé au cours de l’époque coloniale. Au cours des années soixante du XXe siècle, la salle de prière des hommes, jugée trop petite, a été agrandie en recourant à des techniques et à des matériaux traditionnels. La modification la plus importante apportée depuis au site a été la construction, en 1999, d’un vaste mur d’enceinte en ciment.
Source : UNESCO/CLT/WHC
Description historique
Gao est l’une des anciennes villes d’Afrique au sud du Sahara. Probablement fondée à la fin du VIIe siècle, elle apparaît au XIe siècle dans les chroniques arabes sous le nom de Kaw Kaw. En 1137, elle devint la capitale de l’empire Songhaï.
La construction du tombeau est attribuée à Mohamed Aboubacar Sylla, neveu de Sonni Ali Ber, qui régna de 1464 à 1492 et étendit les limites de l’empire Songhaï par de nombreuses batailles contre les Touaregs nomades, les Peuls et les Mossi qui harcelaient les frontières de l’empire. À la mort de Sonni Ali Ber, son neveu Mohamed Aboubacar Sylla, connu sous le nom de Askia Mohamed, inaugura la dynastie des Askia.
Askia Mohamed a poursuivi les politiques expansionnistes de son oncle et agrandi l’empire jusqu’à la côte atlantique à l’ouest, jusqu’à l’Aïr au nord (aujourd’hui au Niger) et au sud jusqu’aux limites de la forêt. La prospérité de l’empire reposait sur le contrôle des routes transsahariennes au nord, des routes en provenance de la forêt au sud, et du négoce de l’or et du sel qui les traversait. L’empire était un successeur des empires plus anciens du Ghana et du Mali, qui ont eux aussi prospéré grâce au contrôle des précieuses routes marchandes.
On dit qu’Askia Mohamed, lorsqu’il traversa l’Égypte lors de son pèlerinage pour la Mecque, fut très impressionné par les pyramides et décida à son retour de construire un tombeau pyramidal. Cependant, on pourrait aussi penser que ce tombeau s’inscrit dans la tradition saharienne ancestrale de tumuli ou de tertres funéraires érigés sur les tombeaux dès le premier millénaire av. J.-C. Ce style pourrait aussi avoir été influencé par les minarets carrés, les escaliers à trois marches des zawiyas ibadites, ou sanctuaires sacrés, de la région du Mzab au sud de l’Algérie, un lien peut-être renforcé par les nombreux érudits ibadites qu’accueillit Askia Mohamed.
Sous le règne d’Askia Mohamed, l’empire Songhaï devint, avec Tombouctou, le centre intellectuel et religieux d’Afrique de l’Ouest, instaurant des liens culturels et commerciaux forts avec l’Afrique du Nord, l’Europe et le Moyen-Orient.
Des querelles internes et l’importance croissante des routes maritimes vers l’Afrique de l’Ouest au XVIe siècle a entraîné le déclin progressif de l’Empire. Au milieu du XIXe siècle, il était devenu un village de trois à quatre cent maisons, avec un seul monument restant : le tombeau des Askia.
Il y a débat quant à la question de savoir si Askia Mohamed a été enterré dans le tombeau à son décès en 1529. De l’avis général à Gao, son corps ne s’y trouve pas et il fut enterré totalement à l’écart du site.
Le tombeau semble avoir toujours été utilisé en tant que partie de la mosquée – on dit que le nom Askia Djira, littéralement la mosquée de l’Askia, fut le sien jusqu’à l’ère coloniale.
Dans les années 1960, la salle des prières pour les hommes fut jugée trop petite et fut agrandie. Deux nouvelles rangées de colonnes furent construites le long des quatre rangées d’origine. En 1975, le bâtiment fut encore agrandi pour englober le mihrab, isolé à l’origine dans la cour. Tous ces travaux furent effectués à l’aide des techniques et matériaux traditionnels et ils s’intègrent bien à l’original. Le plus grand changement du site est la construction en 1999 d’un grand mur d’enceinte en ciment, apparemment nécessaire pour garder le contrôle des usages du site.
Source : UNESCO/CLT/WHC- http://whc.unesco.org/fr/list/1139
