Carte grossière du Nord du Mali parue dans le journal Le Monde du 16 janvier 2013…

 Vous trouverez ci-après un extrait de la carte du Mali parue dans le journal Le Monde dans son édition du 16 janvier 2013.
Elle présente dans sa légende, le Nord du Mali comme étant "majoritairement peuplé de Touaregs, d’Arabes et de Maures nomades (10% de la population du pays) contre 90% de Noirs  sédentaires au Sud". Cela est un exemple grossier (en gros le pays est partagé en 2 entre les Blancs et les Noirs, avec des lignes de fractures socio-culturelles irréductibles…) car ne correspondant à aucune réalité factuelle (statistique, démographique, socio-culturelle,…) mais édifiant, car très récent, provenant d’un journal très influent, en animation d’un papier de 2 pleines pages sur le Mali écrites par Christophe Châtelot, spécialiste Afrique… No comment…
cf ci-dessous la carte :
Le Monde_Carte du Mali_160113
La publication de ce genre de cartes dans un journal dit de référence et à grand tirage, sans aucune réaction, à ma connaissance (j’espère me tromper), de journalistes internes ou externes ou d’intellectuels, suppose que :
- une grande partie des élites françaises partage cette vision révisionniste de l’histoire, de la géographie et de la démographie du Mali, de manière innocente (ou cynique pour certains) et
- traduit un certain manque de rigueur professionnelle et intellectuelle, y compris dans la "grande presse". Ce qui n’est pas rassurant…Lorsque l’on sait notamment que la lecture quotidienne du Monde est un "must have" pour les élites, dès les premières années des prépa et grandes écoles. Que dire alors de l’influence plus large du manque de rigueur voire plus, dans la fabrique de l’opinion commune ?
Des publications de ce type sur le Nord du Mali, faisant à minima de l’amalgame et de manière plus grave, de la désinformation grotesque, se comptent par dizaine dans la presse ..Ils sont plus ou moins grossiers. Mais ils sont nombreux.
Comme le faisait remarquer le Temps de Genève qui a fait son "home work" sur le sujet  il y a déjà près d’un an déjà " Avec la crise au Nord du Mali, beaucoup de lecteurs ont appris que l’Azawad est le berceau des Touareg, un peuple dénigré par les gouvernements maliens depuis l’indépendance du pays en 1960. Cependant, rares sont les médias qui approfondissent la démographie du territoire de l’Azawad revendiqué par le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) (…)
Le Nord du Mali est une mosaïque de peuples arabo-berbères et subsahariens où se mêlent Songhaï, Bella, Touareg, Peuls, Haoussa, Arabes, Maures et Bambara. Cependant, mises à part les zones de Kidal et de Ménaka, les Touareg sont minoritaires dans le carrefour de la boucle du Niger. Pourquoi donc le MNLA revendique-t-il les villes de Tombouctou et de Gao ainsi que la zone au sud du fleuve Niger jusqu’à Douentza comme parties intégrantes de l’Azawad? Est-ce qu’il y a eu une récente colonisation du nord du Mali par des peuples non autochtones qui menaceraient l’identité touareg de cette région?
A l’exception des conquêtes marocaines sous les dynasties des Almoravides et des Saadiens, la boucle du Niger fut principalement dominée par des peuples subsahariens jusqu’à la colonisation française". (André CHAPPATTE, Le Temps de Genève, Mardi 24 avril 2012)
 
Même un ado ne connaissant rien au Mali, animant un blog généraliste, pouvait, en faisant un minimum de recherches, vérifier que le Nord du Mali comptait 80% environ de populations non Touarègues, majoritairement des Noirs sédentaires. Comment cela a-t-il pu échapper à la rédaction du journal Le Monde qui a juste inversé les proportions et caricaturé l’ensemble?
Stupéfiant !

Après avoir franchi ce niveau élémentaire (narrer les faits correctement), peut être viendra le temps de l’analyse : 

- Quelle est la réelle représentativité du MNLA à demander "l’indépendance" (même si par la force des choses, le vocabulaire et les demandes sur ce point ont évolué) d’un territoire où les Touaregs sont très minoritaires et où tous les Touaregs ne sont pas irrédentistes ?

- Quelles ont été les accointances entre le MNLA et les salafistes radicaux et ultra-violents, ayant contribué, en partie, à la situation actuelle?

- Comment expliquer que ce type de cartes arrivent à être publiées dans un journal comme Le Monde ?

Armée malienne : Des causes et facteurs de sa déchéance

Depuis les accords d’Alger, l’armée malienne s’était plus ou moins retirée d’une grande partie du Nord. Certes, il y avait des camps et des garnisons militaires. Mais une armée cantonnée est inefficace face à un ennemi mobile disposant d’armes lourdes.

La dépendance sur les moyens blindés (par exemple le BRDM, un « monstre » très vorace en carburant et difficile à évacuer en cas d’attaque embusquée) et l’artillerie avaient fini par « ossifier » l’armée malienne.

Les moyens aériens qui devaient lui conférer la victoire dans les moments difficiles n’avaient pas été très bien pensés.

Un armement mal adapté

Par exemple, les hélicoptères Mi24, qui devaient aider à mater la rébellion avait un rayon d’action très limité : plus ou moins de 250 km, sans ravitaillement. La distance entre Gao (où étaient basés des Mi24) et Arouane (par exemple) est de 475 km par voie aérienne. Aguelhok est à 370 km, et même Kidal se trouve à 290 km. Même de Tessalit à Tinzaouaten, il faut compter 215 km. Tout cela met ces localités en dehors du champ d’action du Mi24. Un Mi24 qui décolle de Tessalit pour Tinzaouaten ne pourrait rester longtemps dans les combats une fois arrivé sur place. Le ravitaillement en route n’était pas possible non plus, simplement parce qu’en dehors de ses garnisons, l’armée ne contrôlait pas le terrain. D’autre part, le positionnement de ces avions ailleurs qu’à Gao posait automatiquement un problème de ravitaillement en carburant, un carburant qui devait passer par la route, mais une route que l’armée ne contrôlait plus.

Des recrutements à relents de corruption et de népotisme

Le Mali possède une armée de volontaires recrutés dans toutes les régions du pays. Les recrues font d’abord une formation où ils apprennent le métier des armes avant de rejoindre leurs unités d’affectation pour parachever leur apprentissage. Depuis les années 1990, on a assisté à une réduction du temps de formation et au recrutement direct d’anciens rebelles sans formation. Mais la corruption et le népotisme ont gangréné tous les recrutements opérés par l’Etat. La Presse malienne avait régulièrement dénoncé le manque de transparence des recrutements dans l’armée. En 2007, l’Etat avait entrepris une politique de recrutement à outrance afin de rajeunir les effectifs. Ainsi, 10 000 jeunes devaient être recrutés. Ce rythme accéléré a pesé sur la formation de base qui était déjà passée de 9 à …3 mois ! Au Prytanée militaire, bastion des futurs officiers, la situation n’était guère meilleure. Les enfants d’officiers supérieurs ou ceux recommandés par eux avaient la préférence du système. Il est donc clair qu’une armée bâtie sur le copinage, la corruption et le

laissez-aller généralisé ne peut être ni républicaine, ni effective. Le recrutement des années 1990 d’anciens rebelles dans les rangs avait été difficile au début, puis jugé comme un succès en quelque sorte.

Dans sa thèse (1998, il était alors Lieutenant-Colonel) à l’Ecole de guerre de l’armée américaine, le Général Kalifa Keïta, Chef du PC (Poste de contrôle) opérationnel de Gao jusqu’en mars 2012, informait : « Dans un premier temps, il y avait beaucoup de suspicion de part et d’autre. Les combattants Touaregs, n’ayant pas reçu de formation classique, manquaient de crédibilité aux yeux de leurs camarades. Certains avaient également des difficultés à s’adapter à la vie de l’armée régulière et ont préféré quitter le service. Mais au fil du temps, les choses se sont nettement améliorées ». Compte tenu des défections récurrentes et répétées, l’armée a souffert d’un mal profond qui a fini par saper son efficacité sur le terrain.

Défaillances, impréparation, manque de motivation…

Dans une guerre, la préparation des soldats aux techniques militaires est un atout considérable. Or au Mali, l’instruction de base des soldats a pendant très longtemps été une affaire bâclée et au finish, réduite au strict minimum. Pour déceler ces problèmes, remontons tout simplement à la guerre de 1985 contre le Burkina Faso. Tout récemment encore, les instructeurs de l’armée américaine (JCET de 2009) ont noté une unité malienne pourtant d’élite. Une note qui n’était guère fameuse, encore moins encourageante : 6 sur 10. En comparaison, une simple unité régulière de l’armée algérienne (donc pas d’élite) aurait reçu une note de 8 sur 10. Plusieurs défaillances avaient été soulignées à l’époque : manque d’entraînement régulier (par

exemple, tir à la cible, tir d’artillerie, etc), spécialisation incohérente. Sur ce dernier point, les Américains avaient noté des défaillances de taille. Dans une patrouille mobile, peu de soldats (à part le chauffeur attitré) savaient conduire, et une seule personne savait utiliser la mitrailleuse lourde. On comprend donc aisément que l’ennemi exploiter ces situations, voire ces défauts à son propre compte : qui est fou ? Malgré qu’elle ait perdu de nombreux soldats et officiers dans des embuscades, l’armée n’avait pas encore intégré les simples

techniques antiembuscades.

A cela, il faut ajouter le manque de motivation des soldats maliens. S’ils étaient déployés au Nord, ils recevaient un surplus sur leur solde. Malgré tout, beaucoup d’entre eux considéraient cette affectation «dans les dunes et les sables » comme une punition. D’ailleurs, cette terre « étrangère » (le Nord) vaut-elle le prix de leur vie ? Etre dans une unité déployée au « Sud » ne présentait-il pas un avantage certain ? Autant de questions (entre autres) que se posaient certains d’entre eux et qui avaient certainement pesé lourd sur les abandons de postes enregistrés entre janvier et mars 2012.

Source : Oumar Diawara « Le VIATOR »,Le Combat, 15/5/12

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